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Dakar, Dakar, Senegal
Ma formation initiale en Sciences Economiques, mon parcours professionnel au sein de l’ONG Ndef Leng dans le secteur associatif, puis ma nomination au Conseil de la République pour les Affaires Economiques et Sociales du Sénégal (Mandature 2004-2009) pour la représentation du Réseau des Acteurs Socio culturelles, m’ont permis d’acquérir des compétences dans le domaine de la culture, en gestion de projets et en gestion de l’Information et de la communication. Egalement passionné par les métiers de la rédaction et par la diversité culturelle j’écris souvent dans des journaux sur la culture, l'économie, le social et l'actualité en général car j’ai une bonne connaissance des réalités socio culturelles du Sénégal. J’ai eu la chance de diriger une radio depuis plus de 10 ans et soucieux de m’adapter aux exigences actuelles j’ai suivi une formation sur la culture

lundi 18 octobre 2010

CASAMANCE : FIN D’UN CONFLIT ENTRE TRADITIONS ET HERITAGE COLONIALE ?

La première marche de Ziguinchor, le 26 décembre 1982, avait enregistré une forte participation de femmes âgées, en tête de cortège, exhibant des gris-gris  et des armes comme  des arcs, des flèches, des fusils traditionnels. Elles étaient  habillées en pagne avec des parures de libations et elles imprimaient, dès le départ, un caractère sacré au Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance, MFDC. Avant cette marche, des rencontres stratégiques de préparation, étaient tenues dans le bois sacré de Diabir, non loin de l’aéroport de Ziguinchor. Nous savons ce que représente  le bois sacré dans les sociétés traditionnelles de la Casamance il est le lieu par essence  qui organise, rythme la vie religieuse, politique, économique et socio culturelle.

Atika (qui signifie le combattant en Diola) la branche armée du MFDC, a été formée avec l’aide des prêtres féticheurs, conservateurs des bois sacrés. Cela confère, à l’aile combattante du MFDC un caractère mystico religieux dans sa gestion, son organisation et son fonctionnement.

Beaucoup d’indices, comme par exemple cette relation avec le bois sacré, tendent à attribuer au conflit une coloration ethnique diola car une grande majorité des militants arrêtés avant la marche de Ziguinchor (Mamadou DIEME, Bassirou BADJI, Mamadou SANE, Mamadou SADIO, Ablaye COLY, Elias DIEME, Elias SAGNA, Abbé Diamacoune, Sanoune Bodian) étaient diola. Abbé Diamacoune SENGHOR, la personne morale du MFDC,  avait toujours réfuté le caractère ethnique du conflit car il déclarait que le mouvement était composé de « toutes ethnies confondues venant de Sédhiou, Kolda, Velingara, Kédougou, Bakel » même si, plus tard, il consacrait aussi un ancrage affirmé dans nos valeurs les plus sacrées qui l’amenait à demander l’intégration officielle de ses cousins sérères dans le processus de paix en Casamance.

Dans notre tradition politique ancienne, le  peuple sénégalais appartenait à des royaumes précoloniaux distincts, entre lesquels, il existait des passerelles comme la parenté à plaisanterie. Aujourd’hui, le Sénégal est un Etat Nation en construction qui se caractérise par l’unité dans la diversité, au plan  religieux, ethnique ou régional. Ces passerelles, instituées pour les communautés Seereer et Diola par la légende de Aguène et Diambogne, montrent que nos relations sont forcément antérieures à celles déterminées par le statut de la Casamance à l’époque coloniale française. Ce statut,  présenté le 21 décembre 1993 par l’archiviste Jacques CHARPY à la Maison des Œuvres Catholiques de Ziguinchor, qui  concluait que la Casamance n’existait pas en tant que territoire autonome avant la colonisation et les territoires situés entre la Gambie et la guinée Bissau ont toujours été, au temps de la colonisation française, administrés par le gouverneur du Sénégal. Ce témoignage dit historique, à notre avis, était sans objet car  étant juste une preuve qu’après l’époque des conquêtes et des résistances, l’espace sénégambien était partagé entre les puissances coloniales : l’Angleterre, la France et le Portugal.

Le conflit au Sud du Sénégal est assurément d’un genre nouveau. A entendre les responsables du MFDC s’exprimer nous remarquons  que l’objet politique n’est pas toujours clairement défini, le territoire revendiqué pas bien délimité, les combattants et les non combattants se distinguent difficilement tandis que les populations civiles non armées constituent encore la majorité des victimes.

Aussi avons-nous,  depuis le début du conflit en décembre 1982, assisté à un cycle de négociations porteuses des prémices de la division du MFDC qui ont toujours été précédées de périodes de tensions sur le terrain.
Pour rappel, l’offensive de la rébellion sur le terrain dans la période 90-91 avait conduit aux accords de Bissau en 1991 suivi, le 08 07 93 par un 2ème accord de cessez le feu.
La reprise des combats en 1995, avec une vaste offensive de l’armée nationale a l’est  et à l’ouest de Ziguinchor est suivie, le 3 décembre de la même année par une trêve pendant laquelle le  gouvernement avait mis en place une Commission Nationale de la Paix. L’Abbé Diamacoune Senghor est assigné en résidence, il entame une grève de la faim, appelle à l’arrêt des combats le l3 décembre 1995 et propose un calendrier de négociation. Le 13 janvier 1998, devant la presse nationale, DIAMACOUNE lançait un appel en ces termes « que tous ceux qui prétendent agir en mon nom mettent fin à la violence et s’engagent sur la voix de la paix ».

Le 07 juin 1998, l’armée Bissau guinéenne, sous le commandement du Général Ansoumana Mané, se révolte. Le Sénégal envoie 1200 soldats. C’est au deuxième soulèvement de l’armée Bissau guinéenne  que le Général Ansoumana Mané est mort le 30 novembre 2000.
Le 16 mars 2001 le gouvernement du Sénégal  signe le premier accord de paix avec le MFDC qui sera suivi le 30 décembre 2004 par la signature d’un accord général de paix qui débouchera sur les négociations de Foundiougne I, le 1er février 2005.

Depuis cette période, le discours semble avoir évolué et c’est ainsi que dans une communication, M. Ansoumana Badji Secrétaire Général du MDFC, le 22 février 2006 à Ngor Diarama à la rencontre préparatoire de Foundiougne II, organisée par Me Mbaye Jacques DIOP, ancien Président du Conseil de la République pour les Affaires Economiques et Sociales, réaffirmait l’engagement irréversible et solennel du MFDC d’avoir choisi la voie de la négociation pour une solution définitive du conflit afin de satisfaire la revendication des populations qui réclament la paix. C’est pour manifester cet engagement que le MFDC avait participé aux négociations de paix de Foundiougne I un mois après la signature de l’Accord Général de Paix le 30 décembre 2004.
Dans le sillage de ces négociations, Le MFDC a entrepris de nombreuses démarches auprès de toutes les forces vives de la Casamance et de l’aile combattante en vue de l’élaboration d’un document de négociation.

Cette revendication est formulée par toutes les couches de la population sur  l’étendue de la Casamance naturelle à travers des manifestations diverses. Dans ce contexte, disait-il, le MFDC, pour répondre favorablement à cet appel des populations, démasquerait « tous ceux qui veulent d’une manière ou d’une autre s’opposer à cette volonté populaire. ».

Pour Jean François Marie Biagui, dans sa communication à la même rencontre, les assises des forces vives de toute la Casamance ont exprimé le  besoin d’une paix durable et définitive et ont intimé l’ordre au MFDC de s’affranchir de toute logique de guerre au profit de toute initiative politique ayant pour objectif la réhabilitation du peuple casamançais.
Partant de l’enclavement géographique de la Casamance et compte tenu  de la dimension politique de la revendication, Monsieur Biagui, tout en fondant beaucoup d’espoir sur le processus de paix, pense qu’il « est urgent d’inventer immédiatement un système de Gestion de la Casamance… » Ce système de gestion serait accompagné d’une série de mesures urgentes suivantes: une exonération totale d’impôts de toutes les entreprises basées en Casamance, une défiscalisation immédiate des lignes maritimes et aériennes de la Casamance, la dotation d’un réseau routier digne de ce nom et la mise en ligne d’un bateau pour le transport de marchandises

Aujourd’hui, dans un environnement marqué par un regain de tension, nous pouvons nous interroger sur les perspectives d’une résolution de la crise. Le Sénégal, au plan géopolitique est sur la dorsale forestière de l’Afrique de l’Ouest qui irrigue le conflit dans la région Sud du pays : partition de la Côte d’Ivoire, coup d’Etat militaire en Guinée et Etats en construction au Libéria, en Guinée Bissau et en Sierra Leone avec en toile de fond les contre coups d’une crise mondiale en mutation constante; financière d’abord, alimentaire par la suite et enfin politique et sociale.

Compte tenu de l’espoir suscité par l’ Accord Général  de Paix de décembre 2004 et le premier round de négociation de Foundiougne I, il serait plus sage de développer une approche inclusive de tous les acteurs. Aujourd’hui, toutes les composantes de la nation, sans exagérer ou surestimer nos forces potentielles respectives,  doivent s’engager avec l’Etat, dans la recherche de la paix et la résolution de la crise: ailes combattantes, ailes civiles du MFDC, organisations de la société civile et partis politiques. La solution consistera à rallier le maximum d’acteurs à la recherche d’une solution définitive avec lucidité, réalisme et respect mutuel. Elle passera par une réponse à la demande des acteurs à être reconnu au plan culturel et au sein de la nation.

Suite au dernier remaniement ministériel marqué par la nomination du Ministre d’Etat Monsieur Abdoulaye Baldé à la Défense, les médias ont pour l’essentiel interprété cette nomination dans une analyse schématique et réductrice d’un « Monsieur Casamance » tout simplement parce qu’il est un fils de la région sud. Abdoulaye BALDE n’est pas un « Monsieur Casamance » mais celui qui gère un ministère de souveraineté, chargé de la défense nationale dont la mission régalienne est d’assurer la sécurité dans l’ensemble des quatorze régions administratives du Sénégal dont les régions de Sédhiou, Kolda et Ziguinchor.

Jeter un regard critique sur l’information sensible nous amène à relever, par moments, des éléments de frustrations dans les angles d’analyse et le lexique des médias, surtout dans les langues locales qui alimentent en sourdine une stigmatisation et une exclusion empreintes d’ignorances culturelles qui sont souvent exploitées par les théoriciens du mouvement.

L’Etat, la société civile et les médias doivent désormais prendre progressivement en considération  les expressions   des minorités qui se manifestent de plus en plus car le journalisme est devenu en Afrique et particulièrement au Sénégal une profession ouverte ce qui doit l’amener à jouer un rôle prépondérant et décisif dans le processus de résolution des conflits et de construction de la nation.     

Dans les années 90, le Parti Démocratique Sénégalais, alors dans l’opposition, rejetait avec force, toute solution militaire pour la résolution de la crise en Casamance et demandait au gouvernement socialiste de ne pas assimiler un problème politique à un problème ethnique ou d’une minorité. Dans la même période la Sierra Leone et le Libéria avaient connu des guerres civiles meurtrières, pourtant des programmes de Démobilisation, de Désarmement et de Réinsertion (DDR) ont ramené au civil des milliers d’ex-combattants et permis l’organisation d’élections. Ces processus de paix ont pu être réalisé parce que la « Communauté Internationale » était parvenu à freiner le trafic des « Diamants de la guerre » qui assuraient le financement des anciennes milices en Sierra Leone et au Libéria. Par analogie, dans la région sud aussi, la résolution du conflit devra intégrer un programme de DDR soutenu par un  engagement sans réserve de l’Etat à lutter contre l’économie souterraine qui s’est progressivement  développée dans la région durant  près de trois décennies.
            Babacar DIOUF Ndef Leng

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